• Lucie - Le Nid

L'entourage face au deuil périnatal

« Quand on perd ses parents, on s'appelle orphelin

Quand on perd son mari, alors on s'appelle veuve

Quand on perd son petit, c'est évident, il n'y a pas de mot » Extrait de la chanson de Linda Lemay « Il n’y a pas de mot »


Et c’est vrai qu’il n’y a pas de mot pour se décrire, pour être reconnu. On entend parler des paranges, mamanges, papanges sur les réseaux sociaux notamment ; ce sont des mots inventés par ces parents particuliers. Le terme de « parent désenfanté » apparaît occasionnellement. Quand on perd son enfant, son bébé, on perd aussi son identité de parent.

Pour rassembler cette communauté de parents endeuillés, il existe maintenant des journées, des marches, des associations, des groupes de soutien. Mais cela ne suffit pas. Ils ont besoin de soutien de proximité, de soutien affectif, émotionnel tout au long de la vie. Ces parents ont besoin de pouvoir trouver une oreille attentive et bienveillante, une épaule chaleureuse. Ils ont besoin de pouvoir prononcer et entendre le prénom de leur tout petit, de raconter leur histoire, de parler du manque, des émotions qui les traversent. Ils ont besoin de trouver au moins une personne qui sait ce qui se cache derrière le sourire de tous les jours. Il existe des périodes particulièrement douloureuses, qui nécessitent un regain de soutien, notamment lors des dates clés : naissance, décès, fête des mères et des pères, ou lors des fêtes de famille, de la rentrée scolaire. Un petit message de soutien à une date clé, ou encore un geste, un regard peuvent être particulièrement soutenant à ce moment-là. Le parent se sent moins seul, il sait qu’il peut compter sur vous, et que vous n’avez pas oublié son bébé. Même des années plus tard. Les parents endeuillés ont besoin d’être reconnus dans leur douleur ; ils ont besoin de pudeur, d’intimité et de respect. Ils n’ont pas envie d’être pris en pitié, perçus comme des victimes, infantilisés, surprotégés.


L’écoute L’une des choses à faire face à une personne endeuillée, qu’elle ait vécu le décès de son enfant in utero ou peu de temps après la naissance, c’est de l’écouter. Vous pouvez lui offrir une écoute empathique et inconditionnelle, en ne formulant ni reproche ni commentaire. En accueillant tout ce que cette personne a à vous dire. Écouter, c’est permettre à une personne endeuillée et en souffrance, de pouvoir verbaliser son ressenti et ses émotions librement, parce qu’elle est en sécurité. Les commentaires, les « moi aussi », les jugements, les interprétations, les moralisations, les préjugés ou même juste le fait de couper la parole… Tout cela insécurise et n’encourage pas la personne en face de vous à parler, et encore moins à exprimer tout ce qu’elle a sur le cœur. Or exprimer librement ses émotions et mettre des mots dessus va permettre à cette personne de traverser ce processus de deuil. N’imposez pas, mais proposez ; dites clairement que vous êtes là et que vous êtes prêt à entendre ce que ce parent a à vous dire, quand il est prêt lui aussi, et aussi longtemps qu’il le souhaitera. Demandez-lui comment il se sent, quelles émotions il ressent aujourd’hui ou en ce moment. Proposez-lui de laisser ses larmes couler, dites-lui que ses émotions sont les bienvenues. Respectez ses silences, ne l’interrompez pas, ne finissez pas ses phrases. Le silence peut être l’occasion de se reconnecter avec ses émotions et ressentis ; il est possible aussi que ce parent soit en train de chercher les mots justes et qu’il ne les exprimera pas si vous ne lui en laissez pas le temps. Vous pouvez aussi soutenir ses silences par un geste, un regard, par votre patience et votre bienveillance… Si vous sentez surgir vos propres émotions, recentrez-vous et respirez ; prenez une petite distance avec ce que vit votre interlocuteur, pour être totalement présent pour lui. Le silence permet à celui qui écoute d’être attentif à lui-même et de gérer ses propres émotions. Peut-être trouverez-vous une autre personne qui vous offrira la même qualité d’écoute pour que vous puissiez dire ce que cela vous fait vivre, afin que vous puissiez vous aussi vous libérer ce ces émotions et continuer à accompagner ce parent.

Après plusieurs mois ou années, la plupart des parents endeuillés ont repris un rythme de vie « normal », et c’est en décalage avec ce qu’il se passe à l’intérieur. Ce qu’ils montrent à voir ne reflète pas leur blessure intérieure, qui est si longue à cicatriser. Accompagner une personne en deuil est difficile ; cela demande de pouvoir s’ajuster, de rester constant malgré les réponses parfois négatives ou les débordements d’émotions auxquelles il faut faire face. C’est aussi être présent sur le long terme, parfois simplement par un message bienveillant… Être là pour l’autre, tout simplement, et penser qu’un jour c’est cet autre qui sera peut-être là pour vous. Par votre présence bienveillante, patiente et respectueuse et par votre humilité, vous faciliter cette personne à cheminer vers ses propres ressources pour avancer. Gardez toutefois en tête que vous n’êtes pas responsable de son chemin.


Le tabou du deuil périnatal La mort est taboue aujourd’hui en France, et donc le deuil aussi. Le tabou du deuil périnatal, c’est encore à un autre niveau. Il y a ceux qui ne comprennent pas. Et ceux qui n’osent pas, de peur de faire souffrir les parents. Comme s’ils pouvaient oublier. Comme si la plaie béante était refermée.

Ce qu’on peut éviter de faire : - Changer de sujet quand les parents essaient de parler de leur enfant (ils ont besoin d’en parler pour aller mieux, il ne faut pas les en empêcher) - Éviter les parents (même si vous êtes mal à l’aise par rapport à ce qui leur arrive, ils ont besoin de votre soutien), ou éviter de parler de leur bébé (cela ne va pas remuer le couteau dans la plaie, car ils y pensent ; ne croyez pas qu’ils ont oublié...). L’ignorance et la solitude sont terribles. Ces parents ont peur que l’on oublie leur enfant - Leur dire que vous comprenez ce qu’ils ressentent (sauf si vous avez perdu vous-même un enfant) - Émettre un doute sur les circonstances de la mort de l’enfant (les parents endeuillés sont souvent torturés par l’idée que l’accident aurait pu être évité ou que leur enfant aurait pu être mieux soigné ailleurs. Ce n’est donc vraiment pas une bonne idée de jeter de l’huile sur le feu en lançant ce genre de conversations) - Essayer de « banaliser » l’évènement : « c’est mieux comme ça, il aurait certainement été handicapé », « vous en avez déjà deux, estimez-vous heureux » ou « passe à autre chose », « vous êtes jeune, vous en referez d’autre ». Un peu comme si la tristesse des parents n’avait pas lieu d’être



Une des questions très difficiles à entendre est celle du nombre d’enfants, que l’on entend régulièrement ; une maman du parc, qui veut lancer une discussion par exemple : « Vous avez deux enfants ? », ou la variante « Avez-vous des enfants ? » pour les parents qui ont perdu leur premier enfant. En répondant oui, ils ont l’impression de trahir leur tout petit, mais si en répondant non, la discussion va arriver à la mort, un malaise va s’installer, et cela va probablement couper la conversation… Bien sûr, les choses s’apaisent avec les années, mais des questions anodines peuvent paraître vraiment intrusives pour un parent endeuillé. L’idée n’est pas de culpabiliser l’entourage ; chacun fait comme il peut, et l’on sait rarement comment réagir face à deuil. Souvent toutes ces phrases ne sont pas mal-veillantes, bien au contraire, elles cherchent à rassurer, consoler, réduire la peine. Mais cela revient à nier justement cette tristesse, ce deuil.

N’ayez pas peur : le malheur n’est pas contagieux Le tabou existe encore, mais les choses changent, notamment grâce à de belles initiatives telles que le film « Et je choisis de vivre », ou des livres comme « A vif », « Dans ces moments-là ».


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